C’est le premier épilogue d’une lente et douloureuse chute. Celle d’un gradé des douanes de l’aéroport de Roissy, d’un côté salué par ses pairs pour sa rigueur, de l’autre devenu l’une des pièces fortes d’un vaste trafic de cocaïne durant de longs mois. Le 14 octobre, Bocar M. a été condamné à 8 ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris.
« Une peine totalement disproportionnée pour l’exemple, qui juge davantage l’uniforme que l’homme », estime son avocat Me Steeve Ruben, qui a décidé de faire appel. Bocar M. comparaissait libre après 31 mois derrière les barreaux. Il retourne donc en prison. L’ex-douanier de 39 ans était jugé depuis fin septembre au côté d’une quinzaine de personnes, impliquées à divers degrés dans ce trafic illicite.
Ainsi, d’autres prévenus ont écopé d’une lourde peine. Otmane F., en cavale, a été condamné à 12 ans. Un mandat d’arrêt a été délivré. Yaya D., l’une des têtes du réseau, a, lui, écopé de 9 ans de prison ferme et de 500 000 euros. « Le tribunal a tapé très fort », souffle-t-on chez les avocats de la défense.
Enfin, Samir M., qui était accusé d’avoir recruté Bocar pour l’organisation, avant que le tribunal ne revoie cette position, a été condamné à 7 ans. Absent lors du délibéré, il est considéré comme en fuite. Son avocate, Me Mauger Poliak, se dit toutefois « très soulagée que le rôle de son client a été clairement défini et la peine baissée à proportion de sa réelle implication dans le dossier ».
40 000 euros par valise
Durant trois semaines, le tribunal s’est donc penché sur les rouages d’une organisation bien rodée, spécialisée dans l’importation de valises de cocaïne. Entre 2020 et 2023, plus d’une vingtaine de ces valises sont arrivées en provenance des Antilles (Saint-Domingue, Punta Cana) jusqu’à l’aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle.
Pour passer les contrôles en toute sécurité, les trafiquants, basés à Grigny (Essonne) avaient dans leur manche une carte maîtresse : Bocar M. La mission du douanier était simple : fermer les yeux sur les valises qui lui étaient préalablement désignées… de même que les passeurs. Le manège aura duré plus de deux ans et demi.
Une longue période qui a poussé le tribunal à sanctionner lourdement Bocar M. Mais pas que : sur les écoutes des policiers, on entend le douanier fixer, non sans aplomb, ses conditions, ou rester ferme sur sa rémunération (40 000 euros par valise) quand les trafiquants souhaitent la baisser. Loin de « la peur » décrite par le douanier à l’audience.
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