Ils sont "innocents" et font "confiance à la justice" pour le reconnaître. C'est ce qu'ont réaffirmé Stéphane M. et sa compagne Karine M. lundi 12 octobre, à l'ouverture de leur second procès, à la cour d'appel de Paris. Acquittés au bénéfice du doute en première instance, après un appel du parquet général, ils vont répondre pendant deux semaines des faits qui leur sont reprochés, à savoir l'assassinat d'Housni N., un entrepreneur retrouvé mort au sous-sol d'une maison dans le Loiret en 2019.
Dans ce "dossier Cluedo", comme l'ont surnommé les enquêteurs, où seul un faisceau d'indices conduit au couple, Stéphane M. est accusé d'avoir froidement exécuté la victime pour le compte d'un commanditaire qui n'a cependant jamais identifié. Quant à Karine M., elle est jugée pour "association de malfaiteurs", soupçonnée d'avoir aidé son époux à se couvrir.
"Des opportunités se présentent, je les saisis"
Au premier jour de son procès, il a longuement été question de la carrière mouvementée de Stéphane M. Si ce dernier quitte les études avec un CAP maçonnerie en poche, il ne se cantonne pas à ce seul domaine. Main d'œuvre sur des chantiers, sergent dans l'armée, employé d'un camping puis d'une boutique de fleuriste, conducteur de bus ou encore agent immobilier, Stéphane M. est un touche-à-tout et sait repérer une opportunité lorsqu'elle se présente. D'ailleurs, il n'en est pas peu fier, selon l'experte psychologue qui l'a interrogé pendant l'enquête et qui souligne des "traits narcissiques" dans sa personnalité.
"J’ai toujours travaillé dur. J’ai bossé énormément. (...) C’est des opportunités qui se présentent, je les saisis", indique-t-il à la cour, crâne chauve et lunettes sur le nez à la barre.
C'est une nouvelle aubaine professionnelle qui l'amène, en 2015, à quitter la France avec son ex-femme et leurs deux fils pour l'île Maurice. Là, il fera la rencontre de Karine M., qui dirige un centre de plongée. Tous deux mariés, ils nouent d'abord un lien amical avant d'entamer une relation extra-conjugale. À leur retour en France en 2017, ils officialisent leur relation et divorcent de leurs conjoints respectifs.
À ce moment-là, le couperet tombe pour Stéphane M.: on lui diagnostique un cancer de la colonne vertébrale et la médecine du travail lui demande de cesser ses activités professionnelles. "Moi, je ne pensais pas qu’ils m’arrêteraient totalement. Du jour au lendemain, vous vous retrouvez à rester chez vous." Alors qu'il ne perçoit plus que 600 euros mensuels d'indemnités, l'homme se met en tête de trouver d'autres sources de revenus, quitte à ce que ce soit non déclaré.
Deux condamnations pour des délits financiers
Seulement, les parties civiles tiquent sur un point. "Vous évoquez vos revenus compliqués, et en avril 2019 vous allez acheter une Porsche Cayenne pour Karine", pointe Me Steeve Ruben. "Oui, parce que j’avais beaucoup d’argent qui arrivait", répond l'accusé. Interrogée à son tour, Karine M. confirmera: "Il aime les belles choses, comme plein de personnes. Il aime les belles voitures, les belles montres... Mais je ne l’ai jamais vu en faire étalage."
"On est tous pareils, on travaille tous pour gagner de l’argent", complète Stéphane M. "Mon père m’a toujours dit: 'tout travail mérite salaire'. Je travaille dur, je gagne mes sous..."
"Vous êtes un bon commercial. Quand vous décrivez votre vie professionnelle, vous enrobez un peu toujours les choses", souligne l'avocate générale, Anne-Dominique Merville, lui rappelant son casier judiciaire: par le passé, Stéphane M. a à deux reprises été condamné pour des délits financiers, notamment pour "abus de biens sociaux". Pour autant, commente-t-elle, ces jugements ne l'ont pas dissuadé de chercher d'autres emplois non déclarés. "Je sais que c’est pas bien, mais je ne voyais vraiment pas le mal de faire des petits boulots. Je ne me suis franchement pas posé la question de si c’est grave ou pas. Dans le bâtiment, tout le monde fait un peu de black..."
Toujours avec l'objectif de gagner de l'argent, en 2019, il contacte Jérôme K., un ami, et lui demande de lui trouver des contrats payés sous le manteau. Ce dernier lui présente Housni N., directeur d'une agence de location de voitures de luxe, qui souhaite rénover la piscine d'une maison qu'il est en passe d'acquérir à Courtenay, dans le Loiret. Un rendez-vous est pris au mois de juin entre Stéphane M. et Housni N. Quelques jours après leur rencontre, le corps de ce dernier est découvert, criblé de balles, au sous-sol du pavillon.
Pour Karine M., "Stéphane est en-dehors de tout ça"
Auprès de l'experte psychologue qui l'a interrogée, Karine M. l'assure: elle est persuadée que son conjoint n'a rien à voir avec les faits qui lui sont reprochés. Pour elle, "Stéphane est en-dehors de tout ça".
À la barre, cheveux châtains tirés en queue-de-cheval et foulard noué autour du cou, Karine M. décrit son compagnon comme "gentil", "prévenant" à son égard, là où son ex-mari se montrait violent et menaçant envers elle sur la fin de leur relation. Fin 2025, Stéphane M. et Karine M., qui comparaissent libres, se sont mariés en petit comité.
Le président interroge Stéphane M. sur son état de santé actuel. Celui-ci laisse couler de longues secondes avant de répondre, visiblement très ému. "La tumeur est montée au cerveau et au cervelet. Ils ne peuvent absolument rien faire", lâche-t-il finalement.








